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dimanche 5 janvier 2014

Il y a quelque chose de pourri...






Il parait que la fin des temps est proche. La faucheuse serait à deux pas de tous nous frapper au point que certains portent déjà La Mort sur eux. Phénomène ponctuel ou significatif d’une envie de rien chronique, la mort et le morbide sont plus que jamais d’actualité dans l’art du vêtement. Dans les rues de Paris, les têtes chapeautées de Mort ne se ratent pas. Bien plus qu’une simple tendance, Mort Paris est en fait le dernier symptôme de la maladie du modeux de ce siècle. La profusion de ces casquettes va de paire avec l’avènement du All Black Everything (ABE) très présente dans la mode masculine. Insufflée par Rick Owens ou encore Rad Hourani dont c’est l’une des composantes de leurs esthétiques respectives, le All Black Everything ou le Tout Noir a fusionné avec la culture urbaine créant un nouveau courant.



Rick Owens spring summer 2014, Rad Hourani spring summer 2011, La Mort, (Adam Katz)

 

 Une marée noire ?



Vous l’avez surement remarqué, les silhouettes fantômes, unifiées dans le sombre hantent nos pavés. Le All Black clothing joue sur les proportions et les matières à défaut des couleurs.




Le chemin de la généralisation serait tentant face à cette tendance qui relève en fait d'une certaine complexité. En effet, si la vague noire est passée sur New York et Paris sans problème, à Berlin la marée peine à monter, même cas de figure pour Milan. Terreau du luxe ostentatoire, Milan ne renonce pas à ses envies de clinquant si facilement. Les tissus embrassent toujours les corps et si possible avec des ornements pour un All black distinguable. Enfin, l’enfant excentrique de la mode autrement dit Londres va plus loin dans son exploration de l’obscur. Suffit de s’épancher sur un J.W. Anderson et ses silhouettes androgynes ou encore KTZ et ses pièces jonchées de symboles ésotériques. Ironie du sort (ou cycle perpetuel des tendances) ces motifs dont se font l’apparat les friands du ABE sont les mêmes arborés par les fans de métal/punk il y a vingt temps de cela. 


Le résultat ? Une mode qui se dit austère aux couleurs mais qui garde ses codes et acronymes. KTZ (Kokon To Zai), La Mort (Mort Paris), Pyrex ou encore la jeune HBA (Hood by Air) illustrent le propos. Leurs crédos ? Du noir, du blanc mais surtout des symboles, lettres, chiffres XXL que les initiés reconaissent et les ignorants déchiffrent. L’inéluctable / La fatalité de la mort non ignorée par tous s’affiche donc en lettre capitales sur front et poitrine.

 HBA spring summer 2013, KTZ, J.W. Anderson spring summer 2014.
  

La religion intervient 

 

Face à cette profusion de symboles ésotériques voire offensatoires (croix inversées, etc…) amenés par ce courant, ce dernier a du se décliner. La religion a donc naturellement fait son statement pour lutter contre ces blasphèmes vestimentaires réalisés sous couvert de “tendance”. La repentance et le salut semblent être les seules issues d’où la prépondérance du motif religieux sur les podiums. De Givenchy (Riccardo Tisci) et ses iconographies de sainte vierge aux religieuses de House of Holland (Henry Holland), l’imagerie du divin est très forte sur les catwalks. 

 Style Wars : La religion tente de reprendre le dessus sur les forces du mal ici représentées par KTZ.
Givenchy, House of Holland, KTZ spring summer 2014.

Dans la mode masculine, cela se manifeste aussi par une austérité tangible à travers des coupes propres, taillées à la règle. Exception faite encore à Milan avec Dolce & Gabbana qui mêle religieux, sacré et bling avec ses mosaiques revisitées de la Cathédrale de Monreale de Sicile sur ses podiums masculins et féminins. 


Culte bling : Chez Dolce & Gabbana, le divin oui pourvu qu'il soit voyant.
Dolce & Gabbana spring summer 2014.


Trop de choix amenant au retour d’un certain minimalisme. Oui car le courant all black s’est décliné en deux lignes comme dit précédemment : la première adroite, prônant en regain de simplicité, la seconde beaucoup moins à cheval sur les principes se focalisant sur un camouflage urbain voyant. Sous ce dernier oxymore se cache une tendance complexe où la couleur noir sert de base à créer des silhouettes fantômes où au contraire massive par jeux de superposition et volume. Rick Owens a un terme pour, monastic couture.

 La monastic couture de 2011 a fait son chemin depuis.
Marni, Rick Owens, Raf Simons.

Vanité contemporaine 

 


Loin de la vanité du XVIIe siècle, le culte du morbide, ce rappel incessant de l’avancée vers la mort pousse à réflexion autre que devant sa penderie. Le “vanité des vanités, tout est vanité” d’Écclésiaste s’applique à la chair et par extension au caractère périssable des tendances renouvelées toutes les saisons. La mode étant devenu ce monstre d’industrie auquel le tout noir serait l’ultime solution.

On pourrait croire que de la vanité du XVIIe ne reste que les crânes imprimés sur tissus ou portés en masques chez KTZ. C’était sans compter sur des designers tels que le turc Umeit Benan. En juin dernier, il fait défiler ses mannequins canne en main et masque ridé sur le visage. Le corps légèrement prostré, le visage accablé par le vécu, les mannequins incarnaient des personnages d’anciens films turcs mais agissaient aussi comme un rappel de cette marche sans retour qu’est la vie, sorte de memento mori des temps modernes.

Preuve que cette région inexplorée, dont nul voyageur ne revient fascine toujours autant. 
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